Epson devant la justice : une victoire symbolique pour la lutte contre l’obsolescence programmée
par Loic | Juin 2, 2026 | Actualités du numérique, Conseils, avis, réflexions
Epson devant la justice : une victoire symbolique pour la lutte contre l’obsolescence programmée
L’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) vient d’obtenir une avancée majeure dans son long combat contre certaines pratiques du secteur de l’impression. Après plusieurs années de procédure, le fabricant Epson devra répondre devant la justice française d’accusations liées à l’obsolescence programmée de ses imprimantes. Selon plusieurs médias, il s’agit d’une première mondiale pour ce type de contentieux appliqué aux imprimantes.
Pour les acteurs du réemploi, du reconditionnement et de la sobriété numérique, cette affaire dépasse largement le cas d’un seul constructeur : elle pose la question du modèle économique qui domine depuis des années le marché des imprimantes.
Une bataille engagée depuis 2017
En 2017, HOP avait déposé plainte contre plusieurs fabricants d’imprimantes, en visant particulièrement Epson. L’association dénonçait notamment des pratiques susceptibles de raccourcir artificiellement la durée de vie des appareils ou d’inciter au remplacement prématuré des consommables. Parmi les reproches évoqués figuraient des alertes de cartouches prétendument vides alors qu’il restait encore de l’encre, ou encore des messages signalant certains composants comme étant en fin de vie alors qu’ils pouvaient parfois continuer à fonctionner.
Aujourd’hui, le fait que la justice estime les éléments suffisamment sérieux pour conduire à un procès constitue déjà un signal fort envoyé à l’industrie.
Le vrai coût d’une imprimante ne se trouve pas sur l’étiquette
Cette affaire rappelle une réalité souvent méconnue du grand public : une imprimante à 50 ou 60 euros peut finalement coûter beaucoup plus cher qu’un modèle vendu deux ou trois fois plus cher.
Depuis longtemps, certains constructeurs appliquent une stratégie simple : vendre l’imprimante à faible marge, voire à perte, puis réaliser l’essentiel des bénéfices sur les cartouches d’encre. C’est ce qu’on appelle parfois le modèle du « rasoir et des lames ».
Le résultat est connu :
- cartouches très coûteuses ;
- remplacement fréquent des consommables ;
- incompatibilités avec les cartouches reconditionnées ou génériques ;
- réparations peu rentables ;
- renouvellement prématuré des équipements.
À l’inverse, des modèles un peu plus haut de gamme, notamment ceux équipés de réservoirs rechargeables (type EcoTank, MegaTank ou équivalent), demandent un investissement initial plus important mais affichent souvent un coût à la page bien plus faible sur plusieurs années.
Acheter moins cher… ou payer moins cher ?
Dans une démarche de sobriété numérique, la bonne question n’est pas : « Combien coûte l’imprimante ? »
La bonne question est : « Combien va-t-elle me coûter sur cinq ans ? »
Prenons un exemple simple :
- Imprimante d’entrée de gamme : 60 €
- Cartouches remplacées plusieurs fois par an
- Dépense totale sur 5 ans : plusieurs centaines d’euros
Face à elle :
- Imprimante à réservoir rechargeable : 200 à 300 €
- Encre achetée en bouteilles
- Coût d’utilisation nettement inférieur sur la durée
Le calcul est souvent surprenant pour les particuliers comme pour les professionnels.
Un enjeu environnemental majeur
Chaque imprimante remplacée prématurément représente :
- des matières premières extraites ;
- de l’énergie consommée pour la fabrication ;
- du transport ;
- des déchets électroniques supplémentaires.
Dans le monde du réemploi et du reconditionnement, nous constatons régulièrement que des appareils techniquement fonctionnels sont abandonnés pour des raisons purement logicielles ou économiques : coût excessif des consommables, messages bloquants ou réparations rendues peu attractives.
C’est précisément ce type de mécanisme que les associations comme HOP cherchent à mettre en lumière.
Une bonne nouvelle pour le droit à réparer
Au-delà du cas Epson, cette procédure marque une étape importante pour la reconnaissance du droit à réparer, à réutiliser et à prolonger la durée de vie des équipements numériques.
Elle rappelle également qu’un achat responsable ne consiste pas seulement à recycler en fin de vie, mais aussi à choisir dès le départ des équipements conçus pour durer.
Pour les particuliers, les collectivités, les associations et les entreprises, le message est clair : privilégier la qualité, la réparabilité et le coût d’usage réel est souvent plus économique que de céder aux sirènes du matériel « premier prix ».
Et si cette affaire permet à davantage de consommateurs de regarder au-delà du prix affiché en rayon, alors elle aura déjà produit un effet positif bien avant le verdict final.







